Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/342

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Il s’approcha de la peau, jeta sur elle un regard de méfiance, puis sauta dessus, leva la queue et se vida librement (ce que tous les oiseaux de proie, à l’état sauvage, font généralement avant de manger). D’abord, il s’en prit aux yeux qui étaient ici deux globes d’argile séchés, durcis et peints, et les attaqua l’un après l’autre, sans pourtant rien y faire que de les déranger un peu. Enfin, cette partie ayant été abandonnée, l’oiseau se porta sur l’autre extrémité du prétendu animal, et là, se donnant encore plus de mouvement, il parvint à déchirer les coutures et à tirer quelques poignées de fourrage et de foin. Mais, pour de la chair, il n’avait garde d’en trouver ni d’en sentir ; et cependant il s’opiniâtrait à en découvrir, là où il n’y en avait pas la moindre trace. Après des efforts réitérés, tous sans profit, il se renvola, et s’étant remis à chasser aux environs du champ, je le vis soudain tournoyer, puis descendre et tuer un petit serpent jarretière[1] qu’à l’instant il avala. Après quoi, il se renleva encore, recommença à planer, passa et repassa plusieurs fois très bas, au-dessus de la peau bourrée, comme au désespoir d’abandonner un morceau de si bonne mine.

Ainsi, voilà un vautour qui, par le moyen de son sens si extraordinaire de l’odorat, n’est pas capable de découvrir qu’il n’y a, sous cette peau, ni chair fraîche, ni chair corrompue, et qui cependant, du premier coup d’œil et d’une distance considérable, peut apercevoir un serpent à peine gros connue le doigt, vivant

  1. Garter snake (Coluber saurita, Lin.).