Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/358

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


longe chaque saison plus longtemps qu’il n’est nécessaire à l’accomplissement du vœu de la nature. Autrement, on ne les verrait point s’attrouper comme ils font ; mais ils iraient couple à couple, toute leur vie, ainsi que les aigles.

Les vautours n’ont pas, comme les faucons, le pouvoir d’enlever leur proie tout d’une pièce ; ils n’emportent que les entrailles, et encore par lambeaux qui leur pendent du bec. S’il leur arrive alors d’être pourchassés par d’autres oiseaux, ce simple fardeau rend leur vol très lourd, et les force de reprendre terre presque immédiatement.

On pense assez généralement en Europe que les busards préfèrent la chair corrompue à toute autre ; c’est une erreur : quelque viande que ce soit, pourvu qu’ils puissent la mettre en morceaux à l’aide de leur bec puissant, ils l’avalent aussitôt, fraîche ou non. Ce que j’ai dit de leur habitude de tuer et dévorer de jeunes animaux, le prouve suffisamment. Mais il arrive souvent que ces oiseaux sont forcés d’attendre jusqu’à ce que l’enveloppe de la proie puisse céder à l’effort de leurs mandibules. Je vis un jour le cadavre d’un grand alligator entouré de vautours, et la chair du monstre était presque entièrement décomposée, avant que les oiseaux eussent pu parvenir à entamer sa rude peau ; de sorte que, quand l’attaque devint possible, ils restèrent tout désappointés, et furent obligés de renoncer à la curée, car le corps était presque complétement réduit à un état fluide.