Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/360

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rien de sa première forme. Il était temps, car déjà la tempête fondait sur nous, balayant le vaisseau qu’elle couvrait d’écume et nous emportant avec furie. D’un instant à l’autre, elle redoublait de violence ; et tout à bord était silencieux, tandis qu’en avant, svelte et intacte, glissait l’Agnès sur le blanc sommet des vagues. Je ne sais de quel train nous filions sous l’effort de l’ouragan, mais toujours est-il qu’au bout de quelques heures le ciel bleu avait reparu, et que nous jetions l’ancre à l’embouchure de la rivière Savannah.

En prenant terre, je présentai mes lettres de recommandation à un officier du génie qui était occupé à diriger la construction d’un fort. Il me reçut très civilement, m’invita à passer la nuit à son quartier et me promit que, dès le petit matin, sa barque serait à ma disposition, pour me conduire moi et ma société à Savannah. Mais nous ne voulûmes accepter que l’offre obligeante de sa barque, et nous retournâmes passer la nuit à bord de l’Agnès.

Le lendemain, la matinée était délicieuse, et en remontant le cours de la rivière sur le bateau de l’officier, nous nous sentions légers et le cœur joyeux. Des milliers de canards nageaient gracieusement et par couples sur la vaste surface des eaux ; des rizières voisines, partaient des multitudes d’étourneaux, de rouges-ailes[1] et d’ortolans effrayés, chaque fois que nous approchions du rivage ; çà et là, le grand héron ouvrait

  1. C’est le carouge commandeur, au plumage tout noir, sauf les tectrices alaires, qu’il a rouges ou fauves.