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V


Pourquoi ont-ils élevé ces colossales armatures, les Cathédrales ?

Pour y déposer — en sûreté, croyaient-ils — l’œuf imperceptible, ce germe qui demande tant de patience, tant de soins : le Goût, cet atome de sang pur que les siècles nous ont transmis, que nous devions transmettre à notre tour.

Tous ces orgueilleux équilibres, toutes ces accumulations de pierres glorifiées par le génie et qui s’élèvent à l’extrême limite où l’orgueil humain perdrait contact avec la vie, avec l’espèce, et trébucherait dans le vide, — tout cela, ce n’est que le reliquaire, — ou plutôt, car ce reliquaire est vivant ! — c’est le Sphinx gardien du Secret…

Le secret est perdu, autant dire, puisque quelques-uns seulement aujourd’hui peuvent répondre au Sphinx de toutes parts accroupi dans nos villes de France.

Nous saurions répondre au sphinx gothique, si la nature elle-même n’était devenue pour nous un sphinx incompréhensible.


Il y a dans la Cathédrale toute la simple beauté du menhir, qui l’annonce.

Incontestablement, les blocs romans et gothiques rappellent beaucoup, en grand, les pierres druidiques.

Mais le grand arbre a sa part dans la création du monument. Autant que les vieilles pierres dont l’amoncellement constitue les Cathédrales, j’aime les arbres puissants ; entre celles-ci et ceux-là je perçois une parenté. — Les bûches énormes qui soutenaient les huttes gauloises ne sont-elles pas les types des contreforts ? Les contreforts eux-mêmes ?

À coup sûr, il y a là, d’autre part, un souvenir, barbare et charmant, de la maison romaine.

L’art romain et le contrefort barbare sont dans la Cathédrale.

Et ces mains qui supportent les voûtes, ces tendons extenseurs !