Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/221

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n’a pas obéi à l’orgueil. Il s’est élevé avec la succession des siècles à l’expression.

Et cette expression, une dans tout le pays, varie avec chaque province, avec chaque fraction de province, juste assez pour historier la chaîne qui relie toutes les perles de ce monumental collier de la France.

Notre atmosphère, l’air à la fois si vif et si enveloppé de notre pays, a guidé les artistes gothiques et renaissants. Leur art est aussi doux que la lumière du jour !

Les Grecs ne s’y sont pas pris autrement pour faire leurs chefs-d’œuvre.

Par la netteté de son parti pris, par sa science des déclinaisons de la lumière, le Gothique-Renaissance rejoint la Grèce et n’a rien à lui envier.

Ah ! Renan, vous êtes parti de Bretagne pour aller vous prosterner devant le Parthénon ! Le sculpteur, élevé par les Grecs, vient du Parthénon et va à Chartres adorer la Cathédrale.

Nous avons perdu à la fois le sens de notre race et de notre religion. L’art gothique, c’est l’âme sensible, tangible, de la France ; c’est la religion de l’atmosphère française ! — On n’est pas incrédule, on n’est qu’infidèle.


Dans la majesté dont s’enveloppe la Cathédrale, comme d’un immense manteau, les bruits de la vie — les pas, le roulement d’une voiture, une porte qui se ferme — retentissent. La solitude les règle selon un sens harmonieux des proportions.


Les lignes s’enflent, décoratives, dans cet éloignement. Ce sont les contreforts qui donnent ce galbe. La traîne majestueuse de l’abside, manteau royal…

Et les arcs-boutants, en profil : des hirondelles qui s’envolent ; aussi, parfois, des envolées d’encensoirs.


Ces graves artistes du XIIe siècle, du XIIIe et de la Renaissance jusqu’à la fin du XVIIIe, travaillaient avec une allégresse partout sensible dans leur œuvre. Grands poètes, ils nous ont donné leur pensée, c’est-à-dire leur chair et leur sang.

L’art était, pour eux, l’une des ailes de l’amour ; la religion était