Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/256

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L’Europe, comme le vieux Titan fatigué, change de position et, par conséquent, d’équilibre. Pourra-t-elle s’adapter à des conditions nouvelles, ou va-t-elle perdre l’équilibre au lieu d’en changer ? On ne sait. Il est certain que l’homme moderne, s’il manque de goût, ne manque pas de grandeur et de courage. Témoin les aviateurs.


Le souvenir qu’on emporte des Cathédrales impose le silence, un silence fécond où l’âme connaît le grand bien-être, la fête de la pensée. On médite le conseil que la Nature vient de nous donner par le moyen de l’art. On cherche la loi.

Elle ne peut se préciser. La mesure, un certain ordre, voilà la loi. Et c’est aussi le goût, la sagesse, la raison, la convenance. Et c’est aussi l’immortalité, le lien qui unit les siècles aux siècles, l’homme avec les hommes de sa race, et des pays différents, et notre esprit avec la Nature.

Mais dans ce concert des siècles, le XIXe, comme art, est une note discordante ; dans leur marche, un temps d’arrêt. Comptera-t-il, au jugement de l’avenir ? Plat jusque dans le caractère des individus, il a ignoré la profondeur, une des trois mesures. Il a méconnu l’une des trois parties de la géométrie.


Vous verrez quels beaux hôtels de ville on vous construira, dans les provinces, quand il n’y aura plus de châteaux Louis XVI où les municipalités puissent trouver à se loger…


Dans les grandes œuvres d’autrefois on ne comprend pas toujours tout de suite l’opposition des plans. Mais il faut parvenir à s’en rendre compte, car c’est de cette opposition que résultent l’équilibre et la « tournure ». Or, ce secret est ignoré des architectes qui ont entrepris de restaurer les Cathédrales en y ajoutant les vices de notre époque. Aussi sont-ils toujours amenés à charger l’édifice à faux, à le fatiguer. Ils manquent l’effet qu’ils cherchent, parce qu’ils ignorent les conditions de l’équilibre.


L’ombre bénie de la Cathédrale continue à s’étendre sur moi bien longtemps après que j’ai franchi son seuil ; elle m’accompagne dans la vie. Je