Page:Austen - Emma.djvu/287

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comment pouvez-vous supposer une chose pareille ?

— Il m’a semblé dernièrement avoir remarqué des symptômes d’attachement entre eux ; j’ai surpris certains regards expressifs qui n’étaient pas destinés au public.

— Vous m’amusez excessivement. Je suis enchantée de constater que vous êtes susceptible de vous laisser entraîner par votre imagination ! Je regrette d’être contrainte de vous arrêter dès vos premiers essais, mais je suis loin de partager votre opinion. Il n’y a rien entre eux, je puis vous l’assurer ; les apparences qui vous ont trompées proviennent de circonstance particulières ; leur conduite est inspirée par des mobiles tout différents ; il m’est impossible de vous expliquer exactement ce qui en est : la taquinerie n’est pas étrangère à l’affaire. De toute façon, ils sont fort loin, je puis vous l’affirmer, de nourrir l’un pour l’autre des sentiments d’admiration ! Du moins je suppose qu’il en est ainsi du côté de la jeune fille, mais je puis me porter garante de l’indifférence du jeune homme.

Emma parlait avec une confiance et une sécurité qui réduisirent M. Knightley au silence. Elle était fort gaie et eut volontiers prolongé la conversation, afin de connaître tous les détails qui avaient motivé les soupçons de son interlocuteur ; mais celui-ci ne se sentait pas les dispositions voulues pour ce dialogue. Il se rendait compte qu’il ne pouvait rien et il était trop irrité pour parler. À la vue du feu qu’on allumait, chaque soir, pour M. Woodhouse, il se hâta de prendre congé avec le désir de retrouver la fraîcheur et la solitude de Donwell-Abbey.




XLI


Après avoir été longtemps bercé de l’espérance d’une prochaine visite de M. et Mme Sukling, les habitants d’Highbury eurent la mortification d’apprendre que ceux-ci ne pourraient pas venir avant l’automne. Pour le moment il fallait se contenter des sujets d’intérêt local ; la santé de Mlle Fairfax, ou la situation de Mme Weston dont le bonheur paraissait devoir s’augmenter de la naissance d’un enfant.