Page:Austen - Emma.djvu/317

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Mme Perry et Mme Cole ont manifesté tant d’intérêt, qu’elles n’ont pu être tenues à l’écart, – mais, à l’exception de ces dames, Jane ne consent à recevoir personne. »

Emma ne se formalisa pas en constatant qu’elle n’était pas portée sur la liste des privilégiées et ne formula pas son souhait, ne voulant à aucun prix se montrer indiscrète, à l’instar de Mme Elton. Elle se contenta de s’informer de l’appétit et du régime de la malade, Mlle Bates était particulièrement tourmentée à ce sujet. « M. Perry, répondit-elle, recommande une nourriture fortifiante, mais Jane ne veut pas manger ; rien de ce qu’on lui offre (et nos voisins rivalisent pourtant de prévenances) ne lui fait envie. »

Une fois de retour à Hartfield, Emma fit appeler la femme de charge pour examiner les provisions et un sac d’arrow root de qualité supérieure fut immédiatement envoyé chez Mme Bates avec un billet très affectueux.

Au bout d’une demi-heure, le messager revenait, rapportant le paquet et une lettre de Mlle Bates : « celle-ci était infiniment touchée, mais la chère Jane tenait absolument à ce que le sac fût retourné : son estomac ne pouvait supporter l’arrow root ».

Par la suite, Emma apprit que Jane Fairfax avait été aperçue se promenant dans les champs le jour même où elle avait si péremptoirement refusé de sortir en voiture avec elle, sous prétexte de faiblesse. Il n’y avait plus moyen de douter : Jane était résolue à repousser toute espèce d’avances. Elle se sentit mortifiée d’être traitée à ce point en étrangère, mais elle avait conscience d’avoir fait tout son possible pour venir en aide à Jane Fairfax : si M. Knightley avait pu lire dans son cœur, il n’aurait trouvé aucun reproche à lui faire.


XLV


Un matin, une dizaine de jours après la mort de Mme Churchill, on vint avertir Emma que M. Weston l’attendait au salon. Celui-ci se porta à la rencontre de la jeune fille et après lui avoir demandé sur son ton habituel, comment elle allait, baissa immédiatement la voix pour lui dire de façon à ne pas être entendu de M. Woodhouse :