Page:Austen - Emma.djvu/87

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Londres plutôt que de faire soixante kilomètres pour trouver un air plus malsain. Telle a été du moins l’opinion de Perry qui n’a pas approuvé ce déplacement.

Depuis quelques instants Emma s’efforçait en vain d’arrêter son père et quand celui-ci eut prononcé ces dernières paroles, elle ne put s’étonner de l’intervention de son beau-frère.

— M. Perry, dit-il d’une voix qui exprimait son profond mécontentement, ferait bien de garder ses appréciations pour ceux qui les lui demandent. À quel titre se croit-il autorisé à commenter mes décisions ? Je crois être capable de me diriger d’après mes propres lumières et je n’ai besoin ni de ses conseils ni de ses remèdes. Puis se calmant, il ajouta : « Si M. Perry peut m’indiquer le moyen de transporter une femme et cinq enfants à cent cinquante kilomètres pour le même prix et sans plus de fatigue qu’à soixante, je serais disposé à donner la préférence à Cromer.

— C’est bien vrai, interrompit M. Knightley fort opportunément, toute la question est là. Mais pour revenir, Jean, à ce que je vous disais : mon idée est de modifier le tracé du sentier qui conduit à Langham afin d’éviter qu’il ne traverse la prairie ; je ne pense pas que ce changement puisse gêner d’aucune façon les habitants d’Highbury ; du reste, demain matin, nous consulterons les cartes quand vous viendrez à l’abbaye et vous me donnerez votre avis.

M. Woodhouse manifestait quelque nervosité à la suite des réflexions peu obligeantes dirigées contre son ami Perry, auquel, sans s’en rendre compte, il n’avait cessé de prêter ses propres sentiments et sa manière de voir, mais les soins attentifs dont ses filles l’entouraient eurent vite fait de l’apaiser ; de sorte que, grâce à l’esprit d’à propos de l’aîné des deux frères et aux sentiments de contribution du cadet, l’incident n’eut pas d’autre suite.




XIII


Pendant ce court séjour à Hartfield, Mme Jean Knightley fut parfaitement heureuse ; elle sortait chaque matin après déjeuner avec ses