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NEUVIÈME DOUZAINE



XCVII. — FANFRELUCHE

La plus mince, la plus délicate, la plus svelte, la plus idéalement impalpable des Parisiennes, après et peut-être avant — celle que tout admire, la divine Luce Dam se promène, entourée de sa cour, dans les allées du Jardin d’Acclimatation. Elle est blanche comme une feuille de nacre, rose comme une rose du Bengale, couronnée de cheveux frémissants comme de l’or en fusion qu’on aurait jeté dans l’eau froide. Et magnifiquement vêtue ! car sachant que sur son corps lisse et uni comme une baguette d’ivoire, aucune inégalité indiscrète ne gênera l’essor de leur fantaisie, les étoffes, les satins, les peluches, les damas extasiés et riches s’en donnent à cœur joie, foisonnent, s’enflent dans le vent, retombent en cascades, s’étagent en escaliers hardis, ou s’envolent comme dans ces portraits du dix-septième siècle où les seigneurs et les financiers se montraient fastueux, même dans les accessoires prodigués autour de leurs images !