Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/182

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désespérées et lasses, puisent l’eau sinistre du fleuve muet, et sans cesse vidant et remplissant leurs urnes, tâchent de remplir les tonneaux sans fond, d’où sans cesse l’eau s’échappe, avalée et bue par le sable aride. Et elles se désolent, tordant leurs bras douloureux, et accomplissent en gémissant leur besogne horrible. Mais voici que, fendant l’air, un messager ailé aux cheveux d’or, plus beau qu’Herméias, et sur son jeune visage montrant l’orgueil du triomphe, met pied à terre et s’arrête près d’elles. C’est l’irréprochable Astérios. Il fait un signe de sa baguette d’or, et aussitôt le travail de ces misérables cesse d’être vain, et l’eau ne s’enfuit plus.

— « Ô chères têtes ! dit le jeune dieu, vos maux sont finis. Les Dieux-Titans ont vaincu ; la race d’Iapet et de Clymène aux beaux talons a détrôné ses fils rebelles, et Prométhée, délivré de ses liens, a quitté le noir rocher où le vautour lui dévorait le foie. C’en est fait de votre supplice et, voyez, les tonneaux sont pleins ! »

Il dit, et les Danaïdes, Hippoméduse, Glaucippe, Céléno, Stygné, Amymone, et leurs autres sœurs, bien loin de faire éclater leur joie, se regardent entre elles, d’un air confus et désappointé. Enfin Néso, la première, rompt le silence :

— « Les tonneaux sont pleins ? dit-elle en caressant tristement ses cheveux roux ; eh bien ! qu’est-ce que nous allons faire, à présent ! »