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PREMIÈRE DOUZAINE



I. — LE BON DIEU

Sous le portique dont les pierres sont de la lumière extasiée, brûlée d’amour, et dont le moindre atome, s’il pouvait s’enfuir, aveuglerait le troupeau fou des Soleils, le bon Dieu, en habit d’empereur, voit et contemple les Infinis, assis sur son trône. Sous ses pieds se déroule l’éther frémissant, avivé d’imperceptibles points étincelants, qui sont les Univers. Près de lui sont les Anges terribles, qui s’émeuvent parce qu’ils entendent venir jusqu’à eux des plaintes, des sanglots et des râles.

— « Oh ! Seigneur, écoutez, dit Ananiel. Ce sont des monde innombrables qui, refroidis et glacés, meurent de vieillesse. Voyez leurs cadavres se roidir, et pendre désespérément leurs chevelures inertes ! »

Mais à peine a-t-il parlé que des milliers de mondes nouveaux naissent, s’éveillent, grandissent et, semblables à des enfants joyeux, s’enfuient emportés dans l’ardente musique du Rhythme universel.