Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/246

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230 CAMÉES PARISIENS. sourcils ; elle a tordu cette puissante et forte chevelure. Mademoiselle Fargueil, je le redis, sait tout, tout, même dire la prose, môme jouer la comédie. Je ne connais guère que Goethe et Humboldt qui en aient su plus qu’elle, et encore! Et voyez quelle pose de tête si sa- vante et ravissante, et ingénue ! . — ALFRED DE VIGNY Dans la vie de tout poète, il y a toujours un grand côté symbolique. Celui-ci a porté sur ses traits, purs comme ceux d’un Grec du temps de Périclès, élégants comme ceux d’un prince d’Angleterre, la distinction que tous les poètes ont dans leur âme. Il fut comme un signe vivant et visible de notre noblesse. Ce profil si doux, si arrêté pourtant, si pur, — ces yeux innocents et braves, cette longue et angélique chevelure blonde, allaient bien au gentilhomme, au guerrier qui fut de notre race, et qui jetait son manteau de comte sur le corps débile et nu des poètes morts à l’hôpital. Grand artiste, il fut aussi un gentilhomme et un homme, par- tout fidèle ! L’épée et la plume étaient dignes de sa main royale; s’il souffrit toujours, c’est parce qu’il ne voulut, jamais rester étranger à la misère des siens, et nulle mauvaise pensée ne troubla l’ineffable sincérité de son beau sourire !