Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/38

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s’enivre de ces parfums, de ces haleines, de ce mouvement de la sève éternelle, de cet éveil des mille bruits confus ; et en même temps, elle sent s’agiter en elle la petite âme qui veut naître et vivre, et elle tressaille des baisers qu’elle donnera plus tard à l’être chéri, — pareille elle-même à une Terre féconde !


XI. — L’EAU

Nue comme une comédie de l’École du Bon Sens, mais sans nulle comparaison possible infiniment plus belle, Hyacinthe Marguerit, ses fauves cheveux dénoués, est couchée dans sa vaste baignoire de porphyre rouge aux bords évasés, qui appartenait, dit-on, à la malheureuse Poppée, et que son ami le comte René de Leufroi lui a rapporté de Capri, où il l’a trouvée chez des vignerons. La jeune femme se joue dans une Eau transparente et limpide, — car à Paris, avec beaucoup d’argent, on trouve tout, même à la rigueur, de l’eau pure ! — elle en savoure délicieusement la fraîcheur tiède, qui pénètre par tous les pores de sa peau, et elle admire cette onde émue qui la berce, et qui l’enveloppe comme d’un léger voile.

Mais ce n’est qu’un prêté pour un rendu ; car l’Eau admire plus encore le jeune corps sans tache qui s’est livré à elle, et c’est avec amour qu’elle caresse le cou