Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/42

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


enfant ramasse sur le chemin une petite boule insignifiante, et par jeu va la lancer, de sa main encore débile, par delà des milliards d’infinis ; mais le sage Métator lui arrête le bras.

— « Laisse cela, lui dit-il.

— « Ah ! dit Uriel, en levant sa prunelle ingénue où s’engouffrent de profonds ciels, est-ce que cela sert à quelque chose, cette petite bille ?

— Non, dit le Messager, cela ne sert pas à grand’chose, mais laisse-la tout de même. C’est la Terre ! »


XIV. — HIGH LIFE

La soirée est parfaitement convenable. Le salon, selon la formule, est meublé de sièges bas et orné de bibelots japonais. Assises çà et là, comme si on les avait semées, les femmes, habillées par des Worths plus ou moins authentiques, peintes à souhait pour le plaisir des yeux, et agitant leurs éventails décorés à la dernière mode, qui représentent les uns peu de chose et les autres rien du tout, disent pis que pendre de madame Eppler, avec laquelle, en ce moment, il est de bon ton d’être brouillées. Puis elles causent des couturières, de la difficulté qu’il y a à se loger dans les villes d’eaux, et de l’impossibilité où elles sont de trouver de bons domestiques. Les hommes parlent de la discussion du budget