Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/54

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XXII. — LE SOIR

Alice vient de terminer ses prières. Elle s’est dévêtue, elle est entrée dans son petit lit blanc, et en attendant le sommeil, elle songe. Son âme est pareille à son corps de neige et de lys ; mais comme dans la journée sa mère a reçu beaucoup de visiteurs, les niaiseries et les lieux communs que ces bourgeois ont dits se battent et se bousculent dans sa pauvre petite tête enfantine. Cependant, tout cela a été vu par son Ange gardien à la belle chevelure. Il vient, invisible pour elle-même, et d’un léger souffle, vaporise, chasse et réduit à néant ce tas de choses absurdes. En soulevant pour Alix un lambeau du céleste azur, il lui montre un coin des Paradis, les bleus ombrages pénétrés de lumière, les fleuves de diamant liquide, les hautes forêts de lys, les roses palais transparents, les ponts construits avec des rochers d’or, où veillent les archers divins, les vols d’Âmes dans les frémissements blanchissants des vastes éthers, et le sang doucement caressé et rafraîchi, la jeune fille s’endort parmi ces visions charmées, dans une tranquillité délicieuse.