Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/72

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pouvant sauver l’homme qu’elle adore, la malheureuse amante ne trouve rien de mieux que de mourir avec lui. Elle marche d’un pas fou, comme si elle avait été assommée par un coup de massue ; mais au moment où elle remonte dans le fiacre qui l’a amenée, le sadique s’approche de la portière encore ouverte, et regardant la femme bien en face, avec ses pâles yeux mystérieux :

— « Moi, lui dit-il d’une voix rauque, je puis vous donner l’argent ! »


XXXV. — COLÈRE

Après avoir battu comme plâtre sa pauvre petite nièce Brigitte, après l’avoir mordue, égratignée, et lui avoir meurtri le visage à coups de poing et lui avoir arraché des poignées de cheveux, la bonne madame Lalouette a jeté par terre l’enfant maigre et émaciée, et maintenant elle lui piétine sur le corps, sans lui arracher un cri ni une plainte. Enfin cette bourrelle s’arrête, non rassasiée mais un peu lasse, et l’enfant se relève, avec une incroyable expression de résolution et de force.

— « Alors, tu ne veux pas ? dit la vieille. Un homme d’âge, très propre, qui nous donnerait de l’acajou, une pendule et tout. Tu l’extermines, tu passes les nuits, et