Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/79

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


m’avait défendu de continuer à faire la coquette avec notre cousin Anthony, et, comme je lui avais désobéi, en me rencontrant seule dans l’escalier, il m’a donné un grand soufflet, qui m’a jeté dans un pur ravissement, car voilà précisément comme on aime ! »

En parlant ainsi, miss Amy lève les yeux au ciel, et de nouveau boit une tasse de thé au doux parfum pénétrant, cependant que miss Déborah et miss Ellénor dévalisent et mettent nue comme une Andromède l’assiette d’or armoriée qui contenait le chaufroid de becfigues.


XXXIX. — LE CAFÉ

Toute la nuit, le poète Paul Sirvent a été dompté par la Muse victorieuse, pensant en vers pleins, fermes et sonores, et avec une agile dextérité emprisonnant dans le rhythme les images superbes, comiques et gracieuses qui se pressaient dans son cerveau. Près de lui, sur sa table, sont entassés les feuillets pleins de vers écrits sans rature, d’une écriture hardie et nette, et il écrit encore. Mais il est las, pâle et ses yeux sont brûlants, quand l’aube vient faire pâlir sa lampe, et à travers les rideaux mal fermés jette sa blanche lumière. À ce moment, le poète soupire, brisé par la lutte qui ne finit jamais et recommence toujours, et quoique plein de courage,