Page:Banville - Les Parisiennes de Paris.djvu/203

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épreuves avec soin. A mon retour, je trouvai une lettre de Ladvocat. Elle était courte, mais énergique. La voici dans toute sa simplicité :

« Mon cher Verdier,

»Vous m’avez fait boire un bouillon que je ne vous pardonnerai jamais. Votre roman, qui en manuscrit m’avait paru un chef-d’œuvre, est tout simplement une ignoble platitude. Venez recevoir à loisir toutes nos malédictions, en vidant avec nous quelques bouteilles de ce Château-Margaux que vous avez trouvé si bon.

» Je suis votre tout dévoué. »

Je courus chez mon complice Jodelet ! Le misérable avait disparu sans laisser le moindre indice qui pût mettre sur sa trace. Seulement, lui aussi avait laissé une lettre pour moi. Je brisai le cachet avec rage ; j’avais la fièvre :

« Mon cher Léon, tu as failli me perdre ! Si je t’avais laissé faire, notre Véronique se vendait à cinquante mille exemplaires et je devenais un littérateur célèbre ! Merci. Où aurais-je trouvé après cela le courage de me faire domestique ? »

Cette stupide raillerie m’avait exalté jusqu’au délire. Je ne sais comment j’arrivai chez Ladvocat. Sans le saluer, sans lui serrer la main, je me précipitai comme un fou sur un exemplaire de Véronique, et je lus !

Bonté divine ! non jamais professeur de danse écrivant un poëme didactique, jamais poëte d’opérettes et d’opéras comiques n’auraient pu trouver dans leurs mauvais jours un galimatias pareil ? Figurez-vous le chaos en délire, des figures ineptes, des accouplements d’images