Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/15

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mes des ouvrages destinés à être lus et non à être chantés, de même qu’on orne les buffets d’objets ciselés qui représentent des buîres et des aiguières, mais dont Fintérieur n’est pas creux, de façon qu’ils ne peuvent contenir aucun liquide. Fussent-ils d’une beauté suprême, et eussent-ils été ciselés par Cellini lui-même, ces objets ne sont ni des buires, ni des aiguières, de même que les vers qui ne pourraient pas être chantés si nous retrouvions, comme cela est possible, l’art perdu de la musique lyrique, ne sont pas en réalité des vers. Je dis : si nous retrouvions, car les compositions dramatiques nommées opéras n’ont proprement rien à démêler avec ce qui fut le chant aux âges poétiques. On y prononce, il est vrai, sur des airs accompagnés par une symphonie, des paroles mal rhythmées et coupées çà et là par des assonances qui ont rintention de rappeler ce que plus loin nous nommerons : la Rime ; mais ces paroles ne sont pas des vers, et, si elles étaient des vers, la musique bruyante sur laquelle on les attache ne pourrait servir à en exprimer l’accent et l’âme, puisque d’ailleurs celte musique existe par elle-même et indépendamment de toute poésie.

À quoi donc servent les vers ? À chanter. À chanter désormais une musique dont l’exprès-