Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/19

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en premier lieu les conceptions hautes, grandes, belles et non traînantes à terre. Car le principal poinct est Finvention, laquelle vient tant de la bonne nature, que par la leçon des bons et anciens autheurs. Et si tu entreprens quelque grand œuvre, tu te montreras religieux et craignant Dieu, le commençant par son nom, ou par un autre qui représentera quelque effect de sa Majesté, à l’exemple des Poètes grecs : [citation grecque]... Et nos Romains : Æneadum genitrix… Musa mihi causas memora. Car les Muses, Apollon, Mercure, Pallas et autres telles déités ne nous représentent autre chose que les puissances de Dieu, auquel les premiers hommes avoient donné plusieurs noms pour les divers effects de son incompréhensible Majesté. Et c’est aussi pour te monstrer que rien ne peut estre ny bon, ny parfait, si le commencement ne vient de Dieu. » Le vers est nécessairement religieux, c’est-à-dire qu’il suppose un certain nombre de croyances et d’idées communes au poëte et à ceux qui l’écoutent. Chez les peuples dont la religion est vivante, la poésie est comprise de tous ; elle n’est plus qu’un amusement d’esprit et un jeu d’érudit chez les peuples dont la religion est morte. C’est ainsi que tous les Arabes compre-