Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/16

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Dracès.
Et l’orgueil de tailler des figures d’ivoire.
Antisthènes.
Et la Lyre !
Socrate, avec ironie
Et la Lyre !C’est là votre sagesse !

À Praxias

Et la Lyre !C’est là votre sagesse !Et toi,
Praxias, que dis-tu ?
Praxias.
Praxias, que dis-tu ?Je dis que notre loi,
C’est d’être des héros ivres de poésie ;
Donc, ne renversons pas le vase d’ambroisie
Où s’abreuve le pur génie athénien !
Guerriers, songeons à l’art aussi.
Socrate.
Guerriers, songeons à l’art aussi.Tu parles bien,
Statuaire ! car Sparte à la rude mamelle
Rirait de nous, amis, si nous faisions comme elle ;
Si vous, Athéniens, l’élégance, l’esprit,
Le bon sens ironique et la grâce qui rit,
Poètes et sculpteurs, maîtres en toutes choses,
Vous dont le chant ailé court dans les lauriers-roses,
Vous lui donniez un jour le plaisir de vous voir
Sous des habits grossiers mangeant le brouet noir !
Quel que soit notre sort, victoires ou défaites,
Imposons-lui nos chants, nos modes et nos fêtes ;
Toi, Praxias, tes Dieux à la blancheur de lys,
Et toi, ta comédie au beau rire, Eupolis,
Et vous, votre parure et vos robes, ô femmes !
Car, puisque par ses dons toujours nous triomphâmes,
N’empêchons pas chez nous la Grâce de fleurir.