Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/33
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- Il se contenterait très bien de cette perche.
- Mais je la veux ! Du moins une fois pourra-t-on
- Voir enfin le coussin qui battra le bâton !
- Myrrhine, timidement.
- Si j’ai baisé le front de Socrate…
- Xantippe.
- Sa bouche
- En convient. L’impudence est chez elle farouche.
- Ainsi tu caressais, pareille au flot amer,
- Ce front plus dénudé qu’un rocher de la mer !
- J’ai très bien vu. Pareille à la nymphe qu’amuse
- Un faune, tu baisais cette tête camuse !
- Railleur, chauve, égarant au ciel ses yeux errants,
- Il est à moi. Cela suffit. Tu me le prends !
- Les paroles de miel qui tombent de tes lèvres
- N’excitent pas en lui d’assez ardentes fièvres ;
- Tu fais en vain sur lui ruisseler tes cheveux,
- Cela ne suffit pas ; alors, comme tu veux
- Que le docile Amour accoure sur vos traces,
- Quand ce n’est plus assez des discours, tu l’embrasses !
- Tu riais ! Maintenant, belle, tu vas pleurer,
- Car je vais te griffer et te défigurer,
- Et je veux que ton œil de colombe se ferme !
- Xantippe s’échappe, et va se jeter les poings fermés sur Myrrhine.
- Myrrhine, reculant, épouvantée.
- Xantippe ! Non ! j’ai peur.
- Socrate rattrape Xantippe, et de nouveau la retient dans ses bras.
- Socrate, à Myrrhine.
- Ne crains rien. Je tiens ferme.