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déjà d’Alembert. Dès 1771, Voltaire écrivait à Condorcet : « Il faut que vous nous fassiez l’honneur d’être de l’Académie française : nous avons besoin d’hommes qui pensent comme vous ». Il lui avait, à plusieurs reprises, exprimé le même désir, mais il mourut sans avoir la satisfaction de voir ce désir réalisé. Ce fut seulement quatre ans après sa mort que Condorcet fut élu membre de l’Académie, après une très ardente bataille où malheureusement Buffon n’était pas de son côté. D’Alembert qui avait pris une grande part à cette bataille académique, se réjouissait du résultat comme d’une victoire dont il était fier. « Je suis plus content, s’écriait-il à l’issue du scrutin, d’avoir gagné cette victoire que je ne le serais d’avoir trouvé la quadrature du cercle ».

Malheureusement il ne survécut pas longtemps à ce triomphe : Condorcet eut un an après (29 octobre 1783) la douleur de le voir mourir. D’Alembert comptait tellement sur la bonté de cœur de son ami que, comme un ancien, Eudamidas, léguant à ses amis le soin de nourrir sa mère et de marier sa fille, il lègue à Condorcet celui de pourvoir aux besoins de deux domestiques auxquels le grand géomètre, mourant sans fortune, ne pouvait rien. Condorcet remplit, avec un scrupule religieux, cette mission jusqu’à la fin de sa vie. « Vous le savez, remarque à ce propos Arago, c’est à l’école philosophique du XVIIIme siècle que nous devons l’expression si heureuse de bienfaisance. Peut-être consentira-t-on maintenant à reconnaître qu’en enrichissant la langue, cette école n’entendait pas créer seulement un vain mot ».

Pour en revenir au membre de l’Académie française, Condorcet prononça (le 21 février 1782) un discours de réception qui n’était point un éloge banal de son prédé-