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réforme. Il y joignit une Instruction adressée aux directoires des 83 départements du royaume, destinée à faciliter l’exécution de ce décret. On était encore, en ce moment, dans les tâtonnements d’une réforme qui ne devait être opérée définitivement que plus tard, mais Condorcet a au moins l’honneur d’avoir mis la main à ces premiers efforts. Il était bien digne aussi de l’ancien ami et collaborateur de Turgot, d’éclairer l’Assemblée de ses lumières et de ses conseils dans les questions si difficiles et si délicates du rétablissement des finances, de la fixation de l’impôt, de la constitution du pouvoir chargé d’administrer le trésor national. Nous avons, dès lors, sur ces sujets, divers mémoires qui datent de l’année 1790. Dans plusieurs de ces mémoires il signalait les dangers attachés à la création des assignats et, au témoignage d’Arago, indiquait des moyens à peu près infaillibles de parer à tous les inconvénients de ce papier monnaie.

L’active et presqu’encyclopédique intelligence de Condorcet embrassait dans ses méditations les questions les plus diverses ; malheureusement il n’y portait pas toujours un esprit suffisamment mesuré et pratique ; il se laissait parfois aller à l’enivrement des théories artificielles et d’une logique abstraite qui lui faisait perdre de vue le monde réel. C’est ainsi, par exemple, que dans une dissertation sur le choix des ministres (1790) il demandait que le roi fut tenu de prendre ses ministres dans une liste d’éligibles dont la formation eut figuré parmi les principales prérogatives de l’Assemblée représentative. « Une pareille méthode, dit Arago à ce sujet, empêcherait-elle de mauvais choix ? En vérité, je ne l’oserais pas l’affirmer. Je suis plus certain, ajoute-t-il