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rels des femmes ne sont pas absolument les mêmes que ceux de l’homme, ou montrer qu’elles ne sont pas capables de les exercer. Or, dit-il, les droits des hommes résultent uniquement de ce qu’ils sont des êtres sensibles, susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner ces idées. Ainsi les femmes, ayant les mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux.

Quant à prouver que les femmes sont incapables d’exercer des droits politiques, c’est ce qui n’est pas pas moins difficile à dire. Les raisons que l’on tire de leur constitution physique ne sont pas suffisantes. A-t-on jamais imaginé de priver de leurs droits des gens qui ont la goutte tous les hivers ou qui s’enrhument aisément ? Celles qui se tirent d’une prétendue infériorité intellectuelle ne valent pas mieux. Il s’agirait d’abord de savoir si cette infériorité n’est pas la suite nécessaire de la différence d’éducation. Dire qu’une femme n’a jamais montré de génie ni dans les sciences, ni dans les arts, ni dans les lettres ne prouverait rien ici, puisqu’on ne prétend pas sans doute n’accorder le droit de cité qu’aux seuls hommes de génie. Ajouter qu’aucune femme n’a la même étendue de connaissances, la même force de raison que certains hommes ne prouverait rien non plus, puisque, s’il y a certains hommes supérieurs aux femmes, il y a aussi bien des femmes supérieures à certains hommes, et qu’il n’est pas juste de les exclure plutôt que ces derniers. On allègue qu’elles ne se laissent jamais conduire par ce qu’on appelle la raison ; Condorcet conteste la justesse de cette observation : elles ne sont pas conduites, il est vrai, par la raison des hommes, mais elles le sont par la leur. On dit encore qu’elles obéissent plutôt à leur sentiment qu’à leur conscience ;