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noblesse, les armoiries et les livrées, sur la proposition même de personnages tels qu’Alexis de Noailles, de Saint-Fargeau, Mathieu de Montmorency, pendant que l’Assemblée législative, pour cet anniversaire, faisait brûler sur la place des Victoires, aux pieds de la statue de Louis XIV, une immense quantité de diplômes de ducs, de marquis, de vidames, etc., Condorcet, montant à la tribune, proposa de décréter que tous les départements seraient autorisés à brûler les titres qui se trouveraient dans les divers dépôts ; et la Législative rendait un décret en ce sens, mais en enjoignant aux directeurs de chaque département de faire retirer par des (mot illisible) les titres de propriété qui pourraient se trouver confondus avec les papiers inutiles dans quelques-uns de ces dépôts.

En proposant ce décret, Condorcet voulait fermer tout retour au passé seulement, comme le remarque judicieusement M. Eugène Despois dans un excellent livre récemment publié sous ce titre, qui est une antiphrase : Le vandalisme révolutionnaire, « ces auto-da-fé tumultueux de titres nobiliaires, qui eurent lieu en effet publiquement sur plusieurs points de la France, avaient un double inconvénient : il n’est pas bon d’éveiller dans le cœur humain ce besoin de destruction qui y sommeille et qui, pour peu qu’on l’excite, dégénère bientôt en une ivresse aveugle et il est également mauvais de laisser croire aux hommes qu’en détruisant le signe matériel des choses, ils ont détruit la chose elle-même[1] ». Mais, s’il est permis de blamer le mode d’anéantissement proposé par Condorcet et adopté, à l’unanimité, par l’As-.

  1. o.c., 2me édit., Paris 1885, p. 237. — O. K.