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pour voter contre la peine de mort et demander l’appel au peuple.

M. Sainte-Beuve, dans la Causerie que j’ai déjà citée, qualifie d’hypocrisie et de sophisme ce vote de Condorcet : Je vote pour la peine la plus grave dans le Code pénal et qui ne soit pas la mort. Il y avait pourtant un certain courage à voter dans la Convention contre la mort, et ce courage tout le monde ne l’eut pas. Ainsi Vergniaud, après avoir prononcé un magnifique discours en faveur de l’appel au peuple, vota pour la peine de mort. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que, pour Condorcet, Louis XVI était coupable, et qu’il l’était en effet, non seulement de faiblesse (ce n’eût été là qu’un défaut de caractère) mais de duplicité et de trahison.

Revenons maintenant au projet de Constitution rédigé et présenté à la Convention par Condorcet, le 15 et 16 février 1793, environ deux mois après l’exécution de Louis XVI. Je n’en donnerai pas l’analyse, non plus que du rapport qui l’accompagnait, parce que ce projet fut bientôt abandonné par la Convention et qu’il offre aujourd’hui peu d’intérêt. Il cherchait à concilier, dans une heureuse transaction, les avantages du gouvernement représentatif avec la souveraineté du peuple, en établissant un système de sanction populaire très savamment combiné, mais en revanche très peu pratique et il est douteux que, si cette constitution eût pu être mise à l’épreuve, l’expérience lui eût été favorable : elle était plus géométrique que politique. « Mais quels que fussent les défauts de cette constitution dite girondine, il serait injuste de ne pas reconnaitre — j’emprunte cette remarque à un écrivain qui en fait une critique très sévère,