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rejetée par les Assemblées primaires dans le court délai de trois jours à partir de celui de la notification.

Ici se place un acte de Condorcet, dont on n’appréciera la hardiesse qu’en reportant ses pensées sur la terrible période des annales de la Révolution qui suivait le 31 mai. Condorcet comprenait si bien alors la portée de cet acte que, dans le même moment, il faisait chercher une retraite par ses amis et se procurait le poison dont il se servit plus tard.

Dans une lettre rendue publique, Adresse aux citoyens français sur la nouvelle Constitution Condorcet propose au peuple de ne pas sanctionner ce projet. « L’intégrité de la représentation nationale, disait-il, venait d’être détruite par l’arrestation de 27 membres girondins. La discussion n’avait pu s’établir librement. Une censure inquisitoriale, le pillage des imprimeries, la violation du secret des lettres, devaient être considérés comme ayant présenté des obstacles insurmontables à la manifestation du sentiment populaire. » Et il relevait très vivement quelques-uns des défauts de la nouvelle Constitution : la composition du pouvoir exécutif, partagé entre 24 personnes, « c’est vouloir jeter toutes les affaires en une incurable stagnation » ; le manque de garanties pour la liberté civile, « une Constitution qui ne donne pas des garanties à la liberté civile est radicalement défectueuse » enfin, « le plus grand défaut, disait-il, c’est qu’on a rendu les moyens de réforme illusoires ».

L’ex-capucin Chabot dénonça à la Convention la lettre de Condorcet dans la séance du 8 juillet 1793. Il trouvait infâme l’action de critiquer une constitution qu’il appelait une œuvre sublime, une action que des scélérats pouvaient seuls se permettre. Et il proposa de mettre