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ralité de Limoges. Il constatait les cris de bénédiction du peuple pour ce « ministre bienfaisant qui le délivrait du double fléau des corvées et des exacteurs de corvées » ; mais comme le bienfait de la destruction des corvées ne manquait de censeurs dans la capitale, il leur répondait en défendant contre leurs égoïstes sophismes les intérêts et les droits de ce peuple qui, disait-il, « ne demande au gouvernement que de lui permettre de travailler et de manger en paix le pain acheté par ses sueurs ». C’est de cette même année que date la Lettre d’un laboureur de Picardie, à M. N*** écrit piquant et fort, qu’il opposait à l’espèce de socialisme qu’on a vanté dans Necker. En ayant parlé plus haut, je rapporterai seulement le jugement de Voltaire sur cet écrit « Ah ! la bonne chose, la raisonnable chose et même la jolie chose que la Lettre au prohibitif. Cela doit ramener tous les esprits, pour peu qu’il y ait encore à Paris du bon sens et du bon goût ».

C’est encore en réponse aux théories de Necker que furent rédigés, à la même date, l’écrit intitulé Monopoles et monopoleurs, et des Réflexions sur le commerce des blés, qui étaient un véritable traité sur la matière. La publication de cet ouvrage, qui, à une discussion très sérieuse, mêlait quelques épigrammes contre Necker et son (mot illisible), souleva contre l’auteur les nombreux clients de cet écrivain, lui fit d’implacables ennemis, et agita vivement et longtemps jusqu’à l’Académie des sciences et l’Académie française. Condorcet publia ce livre l’année même où, abandonné par Louis XVI, Turgot tombait. (Mai 1776). La disgrâce du ministre causa à Condorcet le plus vif des chagrins. « Je ne vous ai point écrit, mon cher Monsieur, écrivit-il à Voltaire