Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 1.djvu/201

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noy, et ne permit qu’aucun autre courut, depuis, cette course en camp ouvert ; ayant esté la seule quy ait esté faite cent ans auparavant en France, et n’a esté recommencée depuis.

Sur les onse heures du soir du jour de ma blesseure, la veue me revint, que j’avois perdue sept heures auparavant ; quy donna la premiere esperance de ma vie, que jusques allors on avoit tenue desesperée. Mais comme quelques tranchées violentes m’eussent en mesme temps tourmenté, on creut que j’allois passer, et les prestres commencerent a me parler de mon salut : je disois toujours que je me sentois mieux qu’ils ne pensoint ; et les tranchées s’estant apaisées, je me mis a reposer avesques peu de fievre, et dormis jusques a six heures du matin, que l’on me saigna de rechef pour arrester le sang quy couloit perpetuellement de ma plaie, et le divertir. Lors je m’affoiblis fort ; mais peu apres, m’estant remis a dormir, je creus a mon resveil estre tout a fait guery. Aussy n’eus je depuis aucun accident ny mal, sinon quand on me faisoit rire avec exces ; car ma tente sortoit quelquefois du ventre, et mes boyaux aussy. En fin je me gueris a une cuisse[1] pres, d’ou j’avois perdu le mouvement des que je fus blessé.

Il ne se peut dire combien je fus visité pendant ma blesseure, et principalement des dames. Toutes les princesses y vindrent, et la reine y envoya trois fois ses filles, que Mlle de Guyse y amenoit passer les apres-disnées entieres : et elle, quy croyoit estre obligée de

  1. Droitte.
    (Addition de l’Auteur.)