Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 1.djvu/219

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pensoit quy fut condamnée, ouverte : ce quy la fit crier, et sa fille, a sa voix, a se lever en diligence et venir a elle. Moy, cependant, je fermay la porte, et m’en allay, bien en peine de ce quy seroit arrivé de toute cette affaire ; quy fut que sa mere la battit, qu’elle fit rompre la porte pour entrer en cette chambre du troisieme estage ou nous estions la nuit, et fut bien estonnée de la voir meublée des beaux meubles de Zamet avesques des plaques et des flambeaux d’argent. Allors tout nostre commerce fut rompu : mais je me raccommodai avesques la mere par le moyen de Mlle d’Asy[1], cheux laquelle je la vis, et luy demanday tant de pardons, avec asseurance que nous n’avions point passé plus outre que le baiser, qu’elle feignit de le croire. Elle s’en vint a Fontainebleau, et moy aussy, mais sans oser parler a Antragues qu’en cachette, parce que le roy ne le trouvoit pas bon. Toutefois les amans sont assés ingenieux pour trouver les moyens de quelques rares rencontres.

Le roy m’envoya, peu apres, son ambassadeur extreordinaire en Lorraine, pour assister de sa part aux noces de Mr le duc de Bar, son beau-frere, avec la fille de Mr le duc de Mantoue, niece de la reine[2], et aussy pour prier en mesme temps madame la duchesse de Mantoue de venir estre marraine de monsieur le

  1. Sans doute Jeanne Hennequin, femme d’Antoine Hennequin, seigneur d’Assy, dont la fille, Catherine Hennequin, épousa, le 28 juin 1606, Charles de Balsac, seigneur de Dunes, cousin de Mme d’Entragues.
  2. Le duc de Bar, veuf de la sœur du roi, épousa en secondes noces Marguerite de Gonzague, fille de Vincent Ier de Gonzague, duc de Mantoue, et d’Éléonor de Médicis, sœur de la reine.