Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 1.djvu/61

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fit avec un grand et noble esquipage, et luy fit rendre, en passant, beaucoup de service par ses parens, comme luy mesme luy en rendit de tres bons par son entremise vers les princes la ou il passa, a cause de la langue allemande. Mais comme ledit roy eslu voulut partir de Vienne en Austriche, le roy Charles son frere luy ayant mandé les brouilleries quy commençoint en France par Mr d’Alençon[1] et le roy de Navarre, son frere et beau frere, et comme il avoit besoin d’une levée de mille chevaux reitres, il envoya a mon pere une commission pour les lever : ce qu’il fit, s’en revint, et les amena en France à la mort du roy Charles, et la reine mere Caterine, regente, les conserva jusques au retour de Poulongne du roy Henry IIIe son fils, lequel luy fit depuis faire une autre levée à la revolte de Mr d’Alençon[2], et l’arrivée en France du duc des Deux Ponts. Et quelques années apres il remit ses estats et pensions au roy, pour se mettre de la ligue en l’année 1585, en laquelle il ammena de grandes levées de reitres, de Suisses, et de lantsquenets, sur son credit. Apres quoy les ligueurs s’estant accommodés[3] avec le roy[4], Sa Majesté voulut

  1. François, duc d’Alençon, frère de Charles IX et de Henri III ; devenu duc d’Anjou en 1576, mort le 10 juin 1584.
  2. Ce fut en 1575 qu’eut lieu la révolte du duc d’Alencon. Les bandes allemandes, qui envahirent la France dans les premiers jours de 1576, étaient, comme en 1567, commandées par le prince Jean Casimir, et non par le duc de Deux-Ponts : ce dernier avait trouvé la mort dans l’expédition de 1569.
  3. L’accommodement fut conclu à Nemours le 7 juillet 1585.
  4. En 1586, Mr de Guyse entreprit d’assieger Sdan, sur ce que quelques gentilshommes qui y estoint retirés avoint surpris Rocroy a sur luy, dont le chef estoit Champagnac ; le roy desputa feu mon père pour aller reconnestre la possibilité ou impossibilité de ce siege, pour luy en faire son rapport : après quoy il se retira à Removille pour se faire panser d’une maladie quy luy estoit survenue.
    (Addition de l’auteur).


    a. Rocroy fut surpris par les protestants retirés à Sedan, le 12 novembre 1586, et repris peu de temps après par le duc de Guise qui avait le gouvernement de Champagne.