Page:Bassompierre - Journal de ma vie, 2.djvu/197

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paroissoint[1], et vismes en mesme temps les retranchemens bordés d’autres trouppes. Nous, voyans la retraitte de la cavalerie, avançames a la persuasion de Nerestan quy nous montra le desordre de dedans aux piques quy se mesloint, ce que l’on pouvoit aysement remarquer ; mais nostre canon ne s’avançoit point, et me dit Mr de Crequy : « Cousin, sy vous ne commandés au capitaine suisse quy conduit le canon, de forcer les charretiers quy le menent de s’avancer, ces poltrons là ne le feront jammais. » Je courus a toute bride ; mais voyant que nos trouppes n’attendoint point ledit canon, mais marchoint toujours, je retournay a mesme instant et passant proche de Mr de Crequy, je luy dis : « Vous avés bonne rayson, mon cousin, de me persuader d’aller au canon pendant que l’on va a la charge », et passant outre me vins mettre a la teste du bataillon droit du regiment de Champaigne quy me sembloit en plus beau lieu pour donner, et me mis pié a terre avesques une hallebarde que je pris d’un sergent. Mr de Nerestan quy estoit a cheval me dit :

  1. Le duc de Retz, qui était dans le parti de la reine-mère, fit défection au milieu du combat, emmenant avec lui de l’autre côté de la Loire quinze cents hommes de son régiment et de celui de la Jousselinière. On attribua cette action honteuse, soit à un mécontentement personnel, soit à la connaissance des intelligences secrètes des chefs des deux partis, soit à la peur.
    « Qui commença cette deroute du Pont de Sey ? - Ce fut un vrabe duc, qui boiant les approches prit une gaillarde resolution, et lebant la main haute s’escria : qui m’aime si me suibe, saube qui peut. Il dit cela de si vone feiçon qu’il fut ovei en despit d’un bieux mestre de camp, nommé Voisguerin, et quelques huguenots qui vouloient convattre. »
    (Aventures du baron de Fœneste.)