Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/309

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vertu, décorations, toutes ces inventions du diable encouragent l’hypocrisie et glacent les élans spontanés d’un cœur libre. Quand je vois un homme demander la croix, il me semble que je l’entends dire au souverain : J’ai fait mon devoir, c’est vrai ; mais si vous ne le dites pas à tout le monde, je jure de ne pas recommencer.

Qui empêche deux coquins de s’associer pour gagner le prix Montyon ? L’un simulera la misère, l’autre la charité. Il y a dans un prix officiel quelque chose qui blesse l’homme et l’humanité, et offusque la pudeur de la vertu. Pour mon compte, je ne voudrais pas faire mon ami d’un homme qui aurait eu un prix de vertu : je craindrais de trouver en lui un tyran implacable.

Quant aux écrivains, leur prix est dans l’estime de leurs égaux et dans la caisse des libraires.

De quoi diable se mêle M. le ministre ? Veut-il créer l’hypocrisie pour avoir le plaisir de la récompenser ? Maintenant le boulevard va devenir un prêche perpétuel. Quand un auteur aura quelques termes de loyer à payer, il fera une pièce honnête ; s’il a beaucoup de dettes, une pièce angélique. Belle institution !

Je reviendrai plus tard sur cette question, et je parlerai des tentatives qu’ont faites pour rajeunir le théâtre deux grands esprits français, Balzac et Diderot.

27 novembre 1850.

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