Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/32

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ils sont pris pour signes des idées générales. » (Liv. III, chap. iii.) Je ne puis me ranger à cette opinion, car je pense qu’un mot devient général quand il est pris pour signe, non d’une idée générale abstraite, mais de différentes idées particulières, chacune desquelles est suggérée indifféremment à l’esprit par ce mot. Par exemple, quand on dit que « le changement survenu dans le mouvement est proportionnel à la force imprimée », ou que « toute étendue est divisible », ces propositions doivent s’entendre du mouvement et de l’étendue en général ; et pourtant il ne suit pas de là qu’elles me suggèrent l’idée d’un mouvement sans un corps mû ou sans aucune direction ni vitesse déterminée, ni que je puisse concevoir une idée générale abstraite d’étendue qui ne soit ni ligne, ni surface, ni volume, ni grande, ni petite, ni blanche, ni noire, ni rouge, ni d’aucune autre couleur déterminée. Tout ce qu’on peut entendre, c’est que n’importe quel mouvement particulier que je considère, qu’il soit lent ou rapide, perpendiculaire, horizontal ou oblique, et à quelque corps qu’il s’applique, l’axiome énoncé se trouve également vrai. Et de même pour l’autre axiome, qui est vrai de toute étendue particulière, tant ligne que surface ou volume, ou de telle ou telle grandeur ou figure qu’elle puisse être.

12. Observons comment les idées deviennent générales, et nous pourrons mieux juger comment les mots se font généraux. Et ici on remarquera que je ne nie point absolument qu’il y ait des idées générales, mais seulement qu’il y ait des idées générales abstraites. Dans les passages que j’ai cités, où il est fait mention des idées générales, on suppose toujours qu’elles sont formées par abstraction, de la manière exposée ci-dessus (8 et 9). Maintenant, si nous voulons donner une signification aux mots et ne parler que de ce que nous pouvons concevoir, nous reconnaîtrons, je crois, qu’une idée qui, étant considérée en elle-même, est particulière, devient générale, quand on la prend pour représenter toutes les autres idées particulières de la même sorte et en tenir lieu. Afin d’éclaircir ceci par un exemple, supposons un géomètre qui démontre la méthode à suivre pour couper une ligne en deux parties égales. Il trace, si l’on veut, une ligne noire d’un pouce de longueur ; mais cette ligne, particulière en elle-même, est néanmoins générale quant à la signification, puisque, de