Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/43

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contribuent tant à aveugler le jugement et diviser l’attention. C’est vainement que nous portons notre vue jusque dans les cieux, et que nous cherchons à pénétrer dans les entrailles de la terre ; vainement que nous consultons les ouvrages des savants et que nous marchons sur les traces obscures de l’antiquité. Mais écartons seulement le rideau des mots et nous contemplerons l’arbre admirable de la connaissance, dont le fruit est excellent et à la portée de notre main.

25. Si nous ne prenons pas soin de soustraire les premiers principes de la connaissance aux embarras et aux illusions des mots, nous pouvons raisonner à l’infini sur les mots, en pure perte ; nous pouvons tirer conséquences sur conséquences, et n’en être pas plus avancés. Au contraire, plus nous irons et plus nous nous trouverons irrémédiablement perdus, enfoncés profondément dans les difficultés et dans l’erreur. Je supplie donc quiconque voudra lire les pages qui suivent de faire de mes mots l’occasion de sa propre pensée, et de tâcher de prendre en les lisant le même cours de pensées que j’ai pris en les écrivant. Il lui sera facile ainsi de reconnaître si ce que je dis est vrai ou faux. Il n’y aura pas pour lui le moindre danger d’être trompé par les mots dont je me sers, et je ne vois pas comment il pourrait être induit en erreur s’il s’applique à considérer ses propres idées à nu, sans déguisement.