Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/52

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dites qu’elle les supporte. Il est évident que « support » ne peut point être pris dans le sens usuel ou littéral, comme quand nous parlons de piliers qui supportent une bâtisse. Comment donc faut-il comprendre ce mot ? [Pour ma part je suis incapable de découvrir aucun sens qui lui soit applicable.]

17. Si nous nous enquérons de ce que les philosophes les plus exacts ont eux-mêmes déclaré qu’ils entendaient par substance matérielle, nous trouverons qu’ils reconnaissent eux-mêmes n’attacher d’autre sens à ces mots que celui d’Être en général, en y joignant la notion relative de support des accidents. L’idée générale de l’Être me paraît à moi plus abstraite et plus incompréhensible qu’aucune autre, et, pour ce qui est de sa propriété de supporter les accidents, elle ne peut, je l’ai déjà remarqué, se comprendre avec la signification commune des mots ; il faut donc qu’on les entende autrement ; mais de quelle manière, ils ne nous l’expliquent pas. Aussi, quand je considère ces deux parties ou faces du sens composé des termes de substance matérielle, je suis convaincu qu’aucune signification distincte ne leur est attachée. Mais pourquoi nous inquiéterions-nous davantage d’une discussion portant sur ce substratum matériel, ou support de la figure, du mouvement et des autres qualités sensibles ? Ne suppose-t-il pas que ces qualités ont une existence hors de l’esprit, et n’est-ce pas là quelque chose de directement contradictoire et d’entièrement inconcevable ?

18. Mais quand même il serait possible que des substances solides, figurées, mobiles, existassent hors de l’esprit, en correspondance avec les idées que nous avons des corps, comment nous est-il possible de le savoir ? Ce ne peut être que par les Sens ou par la Raison. Mais par nos sens, nous n’avons connaissance que de nos sensations, de nos idées ou de ces choses qui sont immédiatement perçues, qu’on les nomme comme on voudra : ils ne nous informent nullement de l’existence de choses hors de l’esprit, ou non perçues, semblables à celles qui sont perçues. Les matérialistes eux-mêmes reconnaissent cette vérité. Il reste donc, si nous avons quelque connaissance des choses externes, que ce soit par la raison, en inférant leur existence de ce qui est immédiatement perçu par les sens. Mais je ne vois point quelle raison peut nous porter à croire à l’existence de corps hors