Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/54

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qu’une intelligence (an intelligence), sans le secours des corps externes, soit affectée de la même suite de sensations ou idées qui vous affectent, et que celles-ci soient imprimées dans le même ordre, et avec la même vivacité dans son esprit (in his mind) : je demande si cette intelligence n’aurait pas toutes les mêmes raisons que vous pouvez avoir pour croire à l’existence de Substances corporelles représentées par ses idées et les excitant dans son esprit ? Ceci ne saurait être mis en question, et cette seule considération suffirait pour inspirer à toute personne raisonnable des doutes sur la validité des arguments, quels qu’ils soient, qu’elle penserait avoir en faveur de l’existence des corps hors de l’esprit.

21. S’il était nécessaire d’ajouter de nouvelles preuves contre l’existence de la Matière, après ce qui a été dit, je pourrais mettre en avant les erreurs et les difficultés (pour ne pas parler des impiétés) qui sont nées de cette opinion. Elle a occasionné en philosophie de nombreuses controverses et disputes, et plus d’une aussi, de beaucoup plus grande importance, en religion. Mais je n’entrerai pas dans tout ce détail en cet endroit, tant parce que je crois les arguments a posteriori inutiles pour confirmer ce que j’ai, si je ne me trompe, suffisamment démontré a priori, que parce que j’aurai plus loin l’occasion de parler de quelques-uns.

22. Je crains d’avoir donné lieu à un reproche de prolixité en traitant ce sujet. À quoi sert, en effet, de délayer ce qui a été démontré avec la dernière évidence en une ligne ou deux, pour quiconque est capable de la moindre réflexion ? C’est assez que vous regardiez dans vos propres pensées, et que vous vous mettiez à l’épreuve pour découvrir si vous êtes capables de concevoir cela possible : qu’un son, une figure, un mouvement, une couleur existent hors de l’esprit, ou non perçus. Cette épreuve facile vous fera peut-être apercevoir que l’opinion que vous soutenez est en plein une contradiction. C’est tellement vrai que je consens à faire dépendre tout le litige de ce seul point : si vous pouvez comprendre la possibilité qu’une substance étendue et mobile, ou en général une idée, ou quelque chose de semblable à une idée, existe autrement qu’en un esprit qui la conçoit, je suis prêt à vous donner gain de cause. Et quant à tout le système des corps externes que vous défendez, je vous en accorderai en ce cas