Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/55

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l’existence, encore que vous ne puissiez m’alléguer aucune raison que vous ayez d’y croire, ni m’apprendre à quoi ils peuvent être utiles, à supposer qu’ils existent. Je dis que la pure possibilité que vos opinions soient vraies, passera pour un argument prouvant qu’elles le sont.

23. Mais, dites-vous, sûrement il n’y a rien qui me soit plus aisé que d’imaginer des arbres dans un parc, par exemple, ou des livres dans un cabinet, et personne à côté pour les percevoir. Je réponds : vous le pouvez, cela ne fait point de difficulté ; mais qu’est cela, je le demande, si ce n’est former dans votre esprit certaines idées que vous nommez livres et arbres, et en même temps omettre de former l’idée de quelqu’un qui puisse les percevoir ? Mais vous-même ne les percevez-vous pas, ou ne les pensez-vous pas pendant ce temps ? Ceci ne fait donc rien à la question : c’est seulement une preuve que vous avez le pouvoir d’imaginer ou former des idées dans votre esprit, mais non pas que vous pouvez concevoir la possibilité que les objets de votre pensée existent hors de l’esprit. Pour en venir à bout, il est indispensable que vous conceviez qu’ils existent non conçus, ou non pensés, ce qui est une contradiction manifeste. Quand nous faisons tout notre possible pour concevoir l’existence des corps externes, nous ne faisons tout le temps que contempler nos propres idées. Mais l’esprit ne prenant pas garde à lui-même, s’illusionne, et pense qu’il peut concevoir, et qu’il conçoit en effet, des corps existants non pensés, ou hors de l’esprit, quoique en même temps ils soient saisis par lui et existent en lui. Avec un peu d’attention chacun reconnaîtra la vérité et l’évidence de ce qui est dit ici. Il n’est donc pas nécessaire d’insister et d’apporter d’autres preuves contre l’existence de la substance matérielle.

24. [Si les hommes pouvaient s’empêcher de s’amuser aux mots, nous pourrions, je crois, arriver promptement à nous entendre sur ce point.] Il est très aisé de s’assurer par la moindre investigation portant sur nos propres pensées, s’il est ou non possible pour nous de comprendre ce que signifie une existence absolue des objets sensibles en eux-mêmes ou hors de l’esprit. Pour moi, il est évident que ces mots expriment une contradiction directe, ou qu’ils n’expriment rien du tout. Et pour convaincre autrui qu’il en est bien ainsi, je