Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/60

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




II. — RÉPONSES AUX OBJECTIONS

34. Avant d’aller plus loin il faut que nous nous occupions de répondre aux objections qui doivent probablement se présenter contre les principes que nous avons établis jusqu’ici. En m’acquittant de cette tâche, si je semble trop prolixe à des lecteurs de vive intelligence, je les prie de m’excuser ; car tous les hommes ne saisissent pas avec une égale facilité les choses de cette nature, et je voudrais être compris de tous.

Premièrement, donc, on objectera que suivant les principes précédents, tout ce qu’il y a de réel et de substantiel dans la nature se trouve banni du monde, et remplacé par un système chimérique d’idées. Toutes les choses qui existent n’existent que dans l’esprit, c’est-à-dire sont du genre des pures notions. Que deviennent ainsi le soleil, la lune et les étoiles ? Que devons-nous penser des maisons, des rivières, des montagnes, des arbres, des pierres, et quoi ! de nos propres corps ? Sont-ce donc là autant de chimères et d’illusions, œuvre de la fantaisie ? À tout cela et à tout ce qu’on peut objecter de la même sorte, je réponds que les principes ci-dessus ne nous dépossèdent d’aucune chose au monde. Tout ce que nous voyons, entendons, sentons, et tout ce que nous concevons ou comprenons de façon quelconque, demeure aussi sûr que jamais, est aussi réel que jamais. Il existe une rerum natura ; la distinction entre les réalités et les chimères conserve toute sa force. C’est ce qui résulte évidemment des §§ 29, 30 et 33, où nous avons montré ce que signifient ces mots : choses réelles, par opposition aux chimères ou idées de notre propre composition. Elles n’en existent pas moins dans l’esprit, les unes et les autres, et, en ce sens, elles sont toutes pareillement des idées.

35. Je ne raisonne contre l’existence d’aucune chose que nous puissions saisir par les sens ou par la réflexion. Que les choses que je vois avec mes yeux et que je touche avec mes mains existent, qu’elles existent réellement, je ne le mets pas