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claires que les autres ; cependant le langage peut à la rigueur s’en passer, et ce qui le prouve, d’une manière incontestable, c’est que le latin, qui en était privé, n’était dépourvu ni de clarté ni de précision.

Nous n’avons pas non plus fait mention des adverbes ; classe nombreuse de mots que l’on pourrait ranger pour la plupart parmi les adjectifs, puisqu’ils servent à modifier l’existence ou l’action des êtres, ou à indiquer une circonstance relative au temps, au lieu, au rang, au degré, etc. Loin de former une classe à part, ils ne sont presque tous que des locutions abrégées, exprimant par un seul mot toute une périphrase. Par exemple, ici équivaut à dans ce lieu ; sagement à avec sagesse ; aussi peut-on regarder les adverbes comme les mots dont l’invention est la plus récente, la plupart étant dérivés des mots primitifs.

Nous devions encore moins parler des participes ; leur dénomination indique assez leur nature mixte, participant à la fois de l’adjectif et du verbe. Ils ne forment donc pas une des parties fondamentales du discours, et doivent être rangés parmi les adjectifs.

Tels sont donc les éléments qui entrent nécessairement dans toutes les langues qui ont acquis quelque perfection. Nous ne nous arrêterons pas plus long-temps à rechercher quel a pu être l’usage et la nature de ces mots dans l’origine du langage, c’est-à-dire à une époque dont il ne nous reste presque pas de monuments authentiques.

Sans doute, parmi les dénominations données aux mots par les anciens grammairiens, il y en a qui sont insignifiantes et vicieuses ; mais nous avons dû les conserver et même les préférer aux nouvelles nomenclatures proposées par des grammairiens modernes, pour deux motifs. Premièrement, parce qu’aucune de ces nouvelles nomenclatures ne réunit, à beaucoup près, des caractères d’utilité ou de perfection assez frappants pour mériter d’être généralement adoptée ; en second lieu, parce que les anciennes dénominations ayant été employées par les auteurs des dictionnaires et des grammaires de toutes les langues, il faudrait ou refaire ces dictionnaires et ces grammaires, ce qui ne laisse pas d’être un embarras assez considérable, ou en rendre l’intelligence plus pénible et presque impossible, ce qui est un inconvénient plus grave encore.

N° I.

DE LA GRAMMAIRE.




La renoncule un jour dans un bouquet
Avec l’œillet se trouva réunie ;
Elle eut le lendemain le parfum de l’œillet.
On ne peut que gagner en bonne compagnie.
(Béranger)
Un astrologue un jour se laissa choir
Au fond d’un puits. On lui dit : Pauvre bête !
Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ?
(La Fontaine)


Chacune de ces colonnes nous offre un tableau, un discours, c’est-à-dire, la peinture des idées que l’auteur voulait exprimer.

Eh bien, pouvoir dire :

1° Les éléments qui entrent dans ce tableau, dans cette peinture, c’est-à-dire les diverses espèces de mots qui constituent ce discours, parlé ou écrit, l’un n’étant qu’une copie de l’autre ;

2° Les diverses formes que ces mots ont dû revêtir, afin de pouvoir s’unir les uns aux autres ;

3° L’arrangement qu’on a dû donner à ces mots, ou aux divers traits qui entrent dans ce tableau, afin qu’on vit à l’instant le but, l’objet principal, les accessoires, l’ordonnance entière ;