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N° IV.

DES MOTS.




Des moments les heures sont nées,
Et les heures forment les jours,
Et les jours forment les années
Dont le siècle grossit son cours.
(Lamartine.)
L’homme, perdant sa chimère,
Se demande avec douleur
Quelle est la plus éphémère
De la vie ou de la fleur.
(Chénier.)

Si l’on ne pouvait parler, quel moyen emploierait-on pour se faire entendre ? On ferait des signes, ou l’on ferait des gestes. Les gestes ou les signes désignent donc, signifient ce que nous pensons, ce que nous voulons, enfin nos idées. Mais on n’emploie pas ordinairement les signes, c’est-à-dire les gestes, pour se faire entendre. Comment fait-on pour désigner, pour signifier ses idées ? On parle, c’est-à-dire qu’on emploie les mots pour les signes.

Ainsi les mots peuvent s’appeler les signes de nos pensées, puisque, comme les gestes, ils désignent ce que nous voulons, signifient ce que nous pensons.

Il n’y a d’autre différence entre les mots et les gestes, sinon que les mots sont des signes qu’on fait par la voix, et que les gestes sont des signes qu’on fait par le mouvement des différentes parties du corps.

Or, puisque les mots, ainsi que les gestes, signifient ce que nous voulons, ce que nous pensons, c’est-à-dire qu’ils désignent nos idées, les mots sont donc les signes de nos idées.

En examinant les exemples que nous avons cités plus haut, on peut remarquer qu’il existe entre chaque mot écrit ou imprimé une séparation plus grande qu’entre chacune des lettres qui le composent ; nous allons indiquer cette séparation par une ligne verticale, ainsi qu’il suit :

PREMIER EXEMPLE.

Des | moments | les | heures | sont | nées, |
Et | les | heures | forment | les | jours, |
Et | les | jours | forment | les | années |
Dont | le | siècle | grossit | son | cours. |

Dans cet exemple il y a donc vingt-quatre mots.

SECOND EXEMPLE.

L’ | homme | perdant | sa | chimère, |
Se | demande | avec | douleur |
Quelle | est | la | plus | éphémère |
De | la | vie | ou | de | la | fleur. |

Dans celui-ci il n’y en a que vingt-et-un.

EXERCICE ANALYTIQUE.
(Indiquer par une ligne verticale la séparation qui existe entre chacun des mots.)
PLAINTE D’UNE JEUNE VIERGE.
Ô vierges de Sion ! ô mes douces compagnes !
Ne l’avez-vous pas vu descendre des montagnes,
Brillant comme un rayon de l’astre du matin ?
Dites-moi sur quel bord, vers quel sommet lointain
Ses chameaux vont paissant une herbe parfumée !
Sont-ils sous les palmiers de la verte Idumée,
Ou sous le frais abri des rochers de Sanir ?
Mais hélas ! si long-temps qui peut le retenir !
Délices de mon cœur ! loin de toi mon image
A-t-elle fui, pareille au mobile nuage ?
Ai-je cessé déjà d’être belle à tes yeux ?
Oh ! reviens : j’ai cueilli des fruits délicieux.
(Millevoye.)
LE PETIT SAVOYARD.
J’ai faim : vous qui passez, daignez me secourir.
Voyez : la neige tombe, et la terre est glacée ;
J’ai froid ; le vent se lève, et l’heure est avancée,
DonneEt je n’ai rien pour me couvrir.
Tandis qu’en vos palais tout flatte votre envie,
À genoux sur le seuil, j’y pleure bien souvent ;
Donnez : peu me suffit ; je ne suis qu’un enfant ;
DonneUn petit sou me rend la vie.
On m’a-dit qu’à Paris je trouverais du pain ;
Plusieurs ont raconté, dans nos forêts lointaines,
Qu’ici le riche aidait le pauvre dans ses peines ;
Eh bien ! moi je suis pauvre et je vous tends la main.
(Alex. Guiraud.)