Page:Bescherelle - Grammaire nationale.djvu/30

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
(26)


N° V.

DES DIFFÉRENTES SORTES DE MOTS.




L’Éternel, dans ses mains, tient cette chaîne immense
Que termine l’insecte et que l’homme commence.
(Chénedollé.)
Homme, salut ! sans toi la nature muette
Pour célébrer son Dieu manquerait d’interprète.
(Chénedollé.)


Voyez-vous voltiger autour de ces buissons
Le bouvreuil empourpré, les folâtres pinsons,
La mésange au front noir, le verdier, la fauvette ?
(Castel.)
Seulement, aux confins de ces affreux déserts,
De lugubres pétrels, au milieu des orages,
Font ouïr quelquefois leurs cris durs et sauvages.
(Castel.)


Les ours blancs rassemblés, l’œil fixé sur ces mers,
De hurlements affreux épouvantent les airs.
(Id.)
Il (le chien) garde les troupeaux, les défend et les
[aime ;
Il règle et suit leurs pas, il est berger lui-même.
(Rosset.)


Examinez attentivement les mots que renferment ces citations, et vous verrez qu’ils sont chacun le signe d’une idée particulière ; c’est-à-dire qu’ils nous font penser à des choses différentes ;

1° À des êtres, à des animaux, tels que insecte, homme, bouvreuil, pinsons, mésange, verdier, fauvette, ours, pétrels, chien, troupeaux, etc. ; ou à des choses, à des objets, tels que mains, chaîne, buissons, front, œil, hurlements, airs, nature, confins, déserts, orages, cris, etc.

2° À des qualités qu’ils possèdent, telles que celles d’être immenses, empourprés, folâtres, noirs, blancs, affreux, muets, lugubres, durs, sauvages, etc.

3° À des actions qu’ils font ou qu’ils souffrent, telles que celles de tenir, de terminer, de commencer, de voltiger, d’épouvanter, de célébrer, de faire, d’ouïr, de garder, de défendre, d’aimer, de régler, de suivre, etc.

Tous les mots ne représentent donc pas la même sorte d’idées.

De là plusieurs espèces ou classes de mots. Mais quels sont les caractères et le nombre de ces classes ? C’est ce que les grammairiens ont pris soin de déterminer, et c’est en classant les mots d’après leur ressemblance ou leur différence qu’ils y sont parvenus.

Ils ont reconnu que la langue française se compose de dix espèces de mots, savoir :

1° Le nom ou substantif ; 2° l’article ; 3° l’adjectif ; 4° le pronom ; 5° le verbe ; 6° le participe ; 7° l’adverbe ; 8° la préposition ; 9° la conjonction ; 10° l’interjection.

On divise tous les mots en mots variables et en mots invariables.

Les mots variables sont ceux dont la terminaison peut changer, tels sont le substantif, l’article, l’adjectif, le pronom, le verbe, le participe.

Les mots invariables sont ceux dont la terminaison ne change jamais : tels sont l’adverbe, la préposition, la conjonction et l’interjection.

EXERCICE ANALYTIQUE.

(Comparer entre eux les mots suivants et dire s’ils représentent la même sorte d’idées.)

LE CHEVREAU ET LE LOUP.
Un insolent chevreau, du haut de son étable,
Crie au loup qui passait : le gueux ! le misérable !
crie — Ce n’est pas de toi, répond-il,
Que part l’insulte ; non, mais de ta seule place.
crie Tout faux brave, loin du péril,
Croît montrer du courage, et n’a que de l’audace.
(Guichard.)
LE BIEN DE LA FORTUNE.
Le bien de la fortune est un bien périssable ;
Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ;
Plus on est élevé, plus on court de danger :
Les grands pins sont en butte aux coups de la
[tempête,
Et l’orage des vents brise plutôt le faîte
Des maisons de nos rois que les toits des bergers.
(Racan.)