Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/38

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rétablissement de la royauté légitime. Quelle triste bouffonnerie ! Et comme on serait tenté, en assistant à de tels spectacles, de ne reconnaître dans l’histoire que l’empire imbécille du hasard ! Mais ce sont les occasions et les instruments qui sont petits : les causes sont grandes. Pour ramener les successeurs de Louis XVI dans ce palais qu’il n’avait quitté que pour aller à l’échafaud à travers une prison, aurait-il suffi d’une parade jouée devant un chef de Tartares, si la raison de ce fait, en apparence extraordinaire, n’eût été dans l’essence même des choses ? La vérité est que Louis XVI fut continué en 1814, parce que sa mort n’avait été que le signal d’une halte de la bourgeoisie dans l’histoire. Pour que la bourgeoisie, en 1814, put reprendre cette marche ascendante qu’avaient interrompue le régime de la terreur et celui de l’empire, il lui fallait un pouvoir qui eût besoin d’elle, ne put se passer de son appui et même de son patronage, c’est-à-dire un pouvoir sans force intrinsèque, sans éclat, sans nationalité, sans racines. Ce qui devait rendre la monarchie bourbonnienne désirable à la classe bourgeoise, c’était la faiblesse même d’une semblable monarchie, sa nouveauté, surtout ; car elle ne datait, celle-là, toute capétienne qu’elle était, que du 21 janvier.

En 1814, assurément, le gros de la bourgeoisie était loin de faire tous ces calculs ; aussi mon intention n’est-elle que de prouver une chose : c’est que