Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/30

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pouvoir, dans cinq minutes d’ici, venir vous donner de mes nouvelles. » Cela dit, il se retourne vivement, se place de lui-même sur la planche…, et pour la troisième fois le couteau de la guillotine s’abaissa.

Deux jours après, la foule s’amoncelait et se pressait sur la place de la Bourse, aux portes d’un café. Dans un comptoir orné de sculptures précieuses et qu’ombrageaient de riches draperies, vous eussiez vu gravement assise une femme d’une figure commune, borgne, et n’ayant d’autre mérite extérieur que l’éclat de la jeunesse. C’était Nina Lassave. Elle était là, le front rayonnant, la lèvre épanouie, aussi joyeuse que fière de l’empressement qui rendait hommage à sa célébrité. Par un de ces traits qui servent à caractériser une époque, un spéculateur avait compté, pour s’enrichir, sur l’exposition d’une femme immortalisée par la délation et maîtresse incestueuse d’un assassin. Il y en eut beaucoup à qui cela parut tout simple.