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LA (ÉOlYSOLA’l’lON PHILOSOPHIQUE, L]V· H. 7 !’i posséder toi-même, tu posséderas un bien que tu ne voudras jamais perdre, et que la Fortune ne pourra jamais te ravir. Et, pour te convaincre que tous ces avantages fortuits ne peuvent pas constituer la béatitude, fais-toi ce raisonnement : Si la béatitude est le souverain bien aux yeux de tout être doué de raison, et si lion ne peut appeler souverain bien ce qui nous peut être ravi, puisqu’à cette condition seulement se reconnaît sa supériorité, il est manifeste que la possession de la béatitude est incompatible avec l’instabilité de la Fortune. Il y a plus. L°homme qui s’abandonne à cette félicité précaire, sait ou ne sait pas quielle est sujette au changement. S’il ne le sait pas, quel bonheur peut-il trouver dans une ignorance aveugle ? S’il le sait, il doit craindre nécessairement de perdre ce dont la perte possible est pour luihors de doute ; et, par conséquent, craignant toujours, il ne peut être heureux. Mais peut-être que, cette perte une fois subie, il ne slen mettrait pas en peine ? Toujours serait-il que c’est un bien maigre bonheur que celui dont on supporterait la perte sans regret.
Pour toi, comme je sais que tu es convaincu et que tu tiens pour démontré par un grand nombre de preuves que l’âme humaine Il’€SÈ pas mortelle ; comme il est clair, d’ailleurs, que le bonheur fortuit du corps trouve son terme dans la mort, tu ne peux douter que, si la mort peut enlever le bonheur, tout le genre humain ne doive, par le fait même de la mort, s’abimer dans la misère. Or, nous savons qu’un grand nombre d’hommes ont recherché la jouissance de la béatitude”, non-seulement par le sacrifice de leur vie, mais au prix des tourments et des supplices ; comment donc la vie, tandis qu’elle dure, peut-elle rendre les hommes heureux, si ’son extinction ne les rend pas misérables ?