Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/101

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LA LOUVE




J’avais, comme vous, j’avais autrefois,
— De l’époque, enfants, ne m’en souviens mie —
Au temps où les loups hantaient nos grands bois,
J’avais, comme vous, une douce amie ;

Sa joue était blanche ainsi que du lait,
Et sa voix était musicale et douce ;
Ses yeux étaient bleus comme le bleuet…
On la surnommait Lénaïk-la-Rousse ;

Nous logions tous deux aux confins des bois,
Mais nous n’étions pas du même village :
Lénaïk marchait une heure et moi trois
Pour nous rencontrer dans le Val sauvage ;

Ô les tendres mots que nous nous disions !
— À t’en souvenir, mon cœur, tu te pâmes ! —
Ô, les chers baisers que nous échangions,
Très chastes, très purs… comme étaient nos âmes !

Ô, ces rendez-vous au cœur des Forêts !
Pour toujours ma Vie en est embaumée :
Vivrais-je mille ans, je me souviendrais
Du premier Baiser de ma bien-aimée !