Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/33

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« Si tu crois l’humaine Bêtise
« Jamais tu ne verras finir,
« Vivrais-tu mille ans, cette église
« Que toi-même espérais bénir.

« Mais — vois comme on me calomnie
« Moi, le tendre et doux Lucifer, —
« C’est pour t’aider de mon génie
« Que j’accours, tout chaud, de l’Enfer !

« Veux-tu qu’une flèche admirable
« Monte jusqu’aux nuages blancs ?
« Parle ! et moi qui suis un bon Diable
« J’exécuterai tous tes plans ! »

L’abbé hocha sa tête grise
Et, toujours calme, en vrai Breton,
Après s’être offert une prise.
Répondit sur le même ton :

« Que tous mes ouvriers soient bêtes,
« Je l’accorde… pour un moment ;
« Quant à vous, on dit que vous êtes
« Cent fois plus malin qu’un Normand.

« Et de vous voir si serviable
« Je suis on ne peut plus surpris ;
« Aussi, jouons cartes sur table…
« Et dites-moi vos derniers prix ! »

Satan fit un peu la grimace
De se voir ainsi deviné ;
Mais, bientôt, se payant d’audace,
Il dit à l’Abbé consterné :