Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/42

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Que, depuis son deuil, cette femme
Habite au bord d’un gouffre amer.


Quand le flot hurle par les grèves,
Battant le rocher qui frémit,
Sans pitié pour ses jeunes rêves
Elle réveille l’endormi :

« Viens, dit-elle dans la tempête,
« Viens écouter, mon séraphin,
« La sauvage et cruelle Bête
« Qui gémit parce qu’elle a faim…

« Cet Océan, lâche et perfide,
« De ton père est le grand tombeau !…
— Et l’enfant, d’une voix timide,
Dit en soupirant : « Que c’est beau !


Puis, lorsque l’orage s’apaise,
Si la mère voit l’innocent,
A plat ventre sur la falaise,
Rire au flot qui va le berçant :

« Ne l’écoute pas, l’Enjôleuse ! »
Lui dit-elle aussitôt tout bas,
« C’est une sinistre voleuse
« Que celle que l’on n’entend pas !

« C’est avec cet air de mensonge
« Qu’elle a pris tes frères… tous deux !
— Et le fils de la veuve songe :
« Bientôt, je m’en irai comme eux ! »